Les essais cliniques portant sur la revascularisation sont depuis longtemps conçus par des cliniciens, dans le but de mesurer des éléments qui correspondaient à leurs préoccupations à eux. Ces essais cliniques mesurent souvent le taux de décès ou d’autres événements cardiaques après une intervention chirurgicale ou un traitement.
Ces traitements sont d’une importance capitale pour renseigner les médecins sur les chances d’un patient de survivre à une opération, mais n’aident guère les patients à mesurer et à comprendre l’impact sur leur qualité de vie.

Nous tentions de mieux comprendre, par exemple, si les patients préféreraient la longévité de vie ou une meilleure qualité de vie.

– Dre Louise Sun

La Dre Louise Sun, anesthésiologiste à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa.
Louise Sun, M.D., est anesthésiologiste à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa et professeure adjointe au Département d’anesthésiologie et à l’École d’épidémiologie, de santé publique et de médecine préventive de l’Université d’Ottawa.

 

La Dre Louise Sun, anesthésiologiste cardiaque à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa et chercheuse adjointe à l’Institut de recherche en services de santé (ICES), est la chercheuse principale dans le cadre d’une étude qui vise à étudier les résultats, selon des facteurs définis par les patients comme étant souhaitables, après un pontage aortocoronarien.

« En médecine cardiovasculaire, tous les essais cliniques existants gravitent principalement autour des préoccupations des cliniciens : ils sont conçus de manière à étudier le taux de décès ou d’événement cardiaque majeur », explique la Dre Sun. Notre étude est la première à demander aux patients eux-mêmes de définir le sens d’« invalidité » et à tenter d’expliquer l’importance que représente l’invalidité chez les hommes et chez les femmes après une chirurgie cardiaque. » L’étude de la Dre Sun, intitulée Disability-Free Survival after Coronary Artery Bypass Grafting in Women and Men with Heart Failure, a été publiée dans Open Heart.

La Dre Sun et ses collaborateurs, épaulés par l’Association des anciens patients de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, ont demandé à plus de 3 000 anciens patients vivant avec une maladie du cœur de définir ce que serait, à leurs yeux, une « invalidité ».

« Notre enquête nous a aidés à comprendre les aspects de l’invalidité qui étaient le plus importants aux yeux des patients après une chirurgie, affirme la Dre Sun. Nous tentions de mieux comprendre, par exemple, si les patients préféreraient la longévité de vie ou une meilleure qualité de vie. »

Or, selon les anciens patients de l’ICUO, l’invalidité, c’était pour eux, notamment, subir un AVC, être admis dans un centre de soins à long terme, et devoir être hospitalisé plus de trois fois par année.

« Selon nos recherches, les patients veulent davantage retrouver leur niveau de vie et leurs fonctions normales. Ils veulent éviter d’être admis dans un centre de soins à long terme. Et ça, c’est encore plus important pour eux que de tout simplement survivre à l’opération », continue la Dre Sun.

L’équipe de la Dre Sun a évalué le fardeau des invalidités postopératoires chez tous les patients qui avaient subi un pontage aortocoronarien entre 2008 et 2015. Plus de 40 000 cas ont été étudiés. « Grâce aux données de l’ICES, nous avons pu savoir si les patients étaient admis dans un hôpital à plus d’une reprise l’année suivant leur procédure, savoir s’ils étaient admis dans un centre de soins de longue durée, ou encore s’ils correspondaient à un des autres critères d’invalidité définis par les patients. »

Fait intéressant : seulement 20,6 % des patients qui avaient subi un pontage aortocoronarien étaient des femmes. L’invalidité (5,4 %) était par ailleurs plus fréquente que la mort (3,7 %) dans l’année suivant un pontage aortocoronarien. Les femmes étaient 25 % plus à risque d’invalidité après un pontage aortocoronarien que les hommes, particulièrement celles qui étaient atteintes d’insuffisance cardiaque.

« Les femmes plus âgées (75 ans et plus), celles qui étaient atteintes d’insuffisance cardiaque, qui avaient déjà subi un AVC ou qui étaient atteintes d’une maladie rénale étaient particulièrement à risque », nous apprend la Dre Sun.

Selon elle, des efforts devraient être déployés pour construire des modèles mathématiques de prédiction du risque d’invalidité, qui pourraient aider les patients à prendre des décisions mieux éclairées avant d’accepter une chirurgie. Les chercheurs espèrent également développer des stratégies médicales et chirurgicales optimales en fonction du sexe du patient.

« La prochaine étape serait de tenter de construire des formules mathématiques permettant de prédire le risque d’invalidité, affirme-t-elle. Cela nous permettrait de mieux guider les patients, les familles et les médecins pour faire un choix éclairé quant au traitement à adopter. »

« Le but ultime de notre recherche, c’est de positionner le patient au centre des soins qu’il reçoit. »

Notes

Les chercheurs tiennent à remercier M. Jean Bilodeau, président de l’Association des anciens patients de l’ICUO, et les membres de l’association pour leur soutien dans le cadre de ce projet de recherche.

La Dre Sun voudrait également souligner la contribution de son ami et mentor, le Dr Jack Tu, décédé pendant les révisions initiales du manuscrit de cette étude.

From The Beat.